TL;DR

Attendre ne sert à rien. Les hausses ralentissent, mais elles ralentissent au-dessus de zéro : chaque trimestre passé à patienter s’ajoute au précédent. Aucune capacité de production significative n’entre en service avant fin 2027. Si vous avez un besoin réel, achetez maintenant en surdimensionnant la mémoire ; si c’est du confort, le reconditionné est le seul segment où la crise joue en votre faveur.

Question Réponse courte
Pourquoi ça monte ? Samsung, SK Hynix et Micron ont réorienté leurs capacités vers la HBM destinée à l’IA, dont les marges sont environ dix fois supérieures à la DRAM classique.
De combien ? Contrats DRAM : +90 à 95 % au T1 2026, +58 à 63 % au T2, +13 à 18 % au T3. La NAND suit avec un trimestre de décalage.
Ça se termine quand ? Pas d’extension significative de capacité avant fin 2027, voire 2028, selon TrendForce.
Impact sur les prix en rayon ? Gartner estime les PC à environ +17 % et les smartphones à environ +13 % sur 2026.
Faut-il attendre ? Non pour un besoin réel. Oui pour du confort, mais en visant le reconditionné plutôt qu’une baisse du neuf.

Ce n’est pas une pénurie, c’est un arbitrage industriel

La distinction compte, parce qu’elle détermine la durée. Une pénurie se résorbe quand la production repart. Ici, la production n’a jamais cessé — elle a été redirigée.

Les trois fabricants mondiaux de mémoire, Samsung, SK Hynix et Micron, ont réalloué leurs lignes vers la HBM (High Bandwidth Memory) destinée aux serveurs d’IA, au détriment de la DRAM et de la NAND grand public. Le calcul est simple : les marges sur la HBM sont de l’ordre de dix fois celles de la DRAM traditionnelle. SK Hynix a redirigé environ 30 % de ses investissements 2026, soit près de 20 milliards de dollars, vers la HBM3E et la future HBM4.

L’ordre de grandeur de la demande côté IA a été formulé par Michael Dell lui-même : la demande de mémoire pour les infrastructures d’intelligence artificielle serait multipliée par environ 625. Face à ce chiffre, un fabricant n’a aucune raison économique de prioriser des barrettes DDR5 pour joueurs.

Autrement dit : tant que la demande IA reste à ce niveau, la mémoire grand public restera une variable d’ajustement. Ce n’est pas un accident de chaîne d’approvisionnement, c’est le fonctionnement normal d’un marché qui a trouvé un client plus rentable.

Les chiffres, trimestre par trimestre

C’est là que la lecture des titres induit en erreur. Voici les prix contractuels DRAM en variation trimestrielle, selon TrendForce :

  • T1 2026 : +90 à 95 %, un record historique. La NAND Flash monte de 55 à 60 %. La mémoire mobile LPDDR4X et LPDDR5X, celle des smartphones, bondit d’environ 90 % — la plus forte progression jamais enregistrée sur ces références.
  • T2 2026 : +58 à 63 % sur la DRAM, +70 à 75 % sur la NAND.
  • T3 2026 : +13 à 18 % sur la DRAM conventionnelle, +10 à 15 % sur la NAND. TrendForce a par ailleurs relevé sa prévision spécifique sur la DRAM PC de 8-13 % à 15-20 %.
  • T4 2026 : +3 à 8 % projeté sur la DRAM PC.

Le ralentissement est réel. Mais ces pourcentages s’appliquent au trimestre précédent, pas au point de départ. Un produit qui a pris 90 %, puis 60 %, puis 15 % ne coûte pas 15 % de plus qu’en janvier — il coûte environ 3,5 fois plus cher.

Et la décélération n’est pas une bonne nouvelle sur le fond. TrendForce l’attribue en partie au fait que la demande grand public fléchit : les acheteurs atteignent leur plafond budgétaire. Le relevé de fin juillet décrit un bras de fer, avec des acheteurs très sensibles au prix qui résistent activement aux hausses, et des fabricants qui conservent leur pouvoir de négociation.

Ce que ça donne en rayon

Le cas le plus documenté est Apple. L’entreprise paie désormais une prime d’environ 230 % sur la mémoire LPDDR5X de 12 Go équipant les iPhone 17 Pro : des puces qui coûtaient 25 à 29 dollars pièce approchent les 70 dollars. Apple a reconnu publiquement n’avoir jamais vu une augmentation aussi importante aussi rapidement, et avoir protégé ses clients jusqu’au point où il fallait commencer à répercuter. Le titre a perdu 5,6 % le jour de l’annonce.

Côté PC, Lenovo, HP, Dell et Framework ont annoncé des hausses explicitement liées à la mémoire. Les projections de Gartner évaluent la progression cumulée DRAM + SSD à près de 130 % d’ici fin 2026, ce qui se traduirait par des PC environ 17 % plus chers et des smartphones environ 13 % plus chers. Le segment des portables sous 500 euros pourrait disparaître d’ici 2028.

Côté volumes, IDC anticipait un recul du marché mondial du PC de 4,9 à 8,9 % en 2026 et du smartphone de 2,9 à 5,2 % — des estimations qui ont été revues plusieurs fois depuis le début d’année et qu’il faut lire comme des fourchettes, pas comme des points.

Le signal le plus important pour un acheteur est ailleurs, et il est plus insidieux que le prix : certaines analyses indiquent que Dell et Lenovo pourraient limiter des configurations d’entrée de gamme à 8 Go de RAM. Le constructeur qui ne peut pas monter son prix baisse sa fiche technique. C’est la vraie dégradation à surveiller.

Quand ça se termine

TrendForce n’anticipe aucune extension significative de capacité avant fin 2027, voire 2028. La raison est physique : construire une usine de gravure prend plusieurs années, et rien de massif n’entre en service à court terme. SK Hynix a lancé une ligne à Cheongju en février 2026, mais la montée en charge est progressive.

Deux facteurs pourraient accélérer les choses. Le premier est chinois : CXMT, principal fabricant de DRAM du pays, a annoncé être capable de produire de la DDR5. C’est un jalon symbolique plus qu’un basculement immédiat, mais il change l’horizon à trois ans.

Le second est réglementaire, et il a un précédent. La pénurie de DRAM de 2017-2018 s’était soldée par des enquêtes antitrust visant Samsung, SK Hynix et Micron aux États-Unis, en Chine et en Europe, pour soupçon d’entente sur les prix. Rien n’indique qu’une procédure comparable soit ouverte aujourd’hui, mais l’histoire du secteur suggère qu’une hausse de cette ampleur attire l’attention des régulateurs.

En pratique, pour un achat en 2026 : partez du principe que rien ne baissera avant votre prochain cycle de renouvellement.

Quatre stratégies d’achat

Acheter maintenant, en surdimensionnant la mémoire. La logique est contre-intuitive mais solide : puisque chaque trimestre ajoute une hausse, l’écart de prix entre 16 et 32 Go ne sera jamais plus faible qu’aujourd’hui. Payer le surcoût mémoire une fois, maintenant, revient moins cher que de racheter une machine sous-dimensionnée dans deux ans, dans un marché qui n’aura pas détendu. Limite honnête : cela ne fonctionne que sur des machines où la mémoire est soudée et non évolutive — sinon, une barrette ajoutée plus tard reste théoriquement possible. Idéal si vous achetez un portable, un Mac ou un smartphone, où le choix est définitif.

Attendre. Défendable uniquement si votre matériel actuel fonctionne et que l’achat relève du confort. Point fort : vous laissez passer le pic de panique et vous bénéficierez d’un marché de l’occasion mieux fourni à mesure que les renouvellements d’entreprise arrivent. Limite honnête : vous n’attendez pas une baisse, vous attendez un ralentissement de la hausse — et vous prenez le risque de la dégradation silencieuse des fiches techniques d’entrée de gamme. Idéal si vous avez du matériel qui tient encore dix-huit mois et aucune contrainte professionnelle.

Le reconditionné. C’est le seul segment où la crise joue franchement en votre faveur : les prix du reconditionné sont indexés sur le neuf, mais avec un décalage, et les machines de 2023-2024 embarquent des configurations mémoire qui ne se retrouvent plus à ce tarif dans le neuf. Point fort : le rapport gigaoctet/euro y est aujourd’hui le meilleur du marché. Limite honnête : la garantie et l’état de la batterie varient énormément selon les revendeurs, et la demande accrue tire les prix vers le haut depuis début 2026. Idéal si vous cherchez un rapport qualité-prix et acceptez une génération de retard.

L’upgrade ciblé. Plutôt que de remplacer une machine complète, isolez le composant qui limite réellement votre usage. Point fort : sur une tour ou un portable à mémoire non soudée, ajouter de la RAM ou changer le SSD coûte une fraction du prix d’un remplacement, même à tarif gonflé. Limite honnête : c’est précisément sur ces composants que la hausse est la plus violente — le budget mémoire seul peut représenter 300 à 600 euros entre RAM et SSD sur une configuration gaming. Vérifiez le prix avant de supposer que l’upgrade est l’option économique. Idéal si votre machine a moins de quatre ans et un goulot d’étranglement identifié.

Trois pièges à éviter

Les 8 Go déguisés en entrée de gamme. Une machine à 8 Go de RAM vendue neuve en 2026 n’est pas une affaire, c’est un arbitrage du constructeur qu’on vous fait porter. Vérifiez systématiquement la quantité et la possibilité d’extension avant le prix.

Oublier le stockage. Toute l’attention se porte sur la RAM, mais la NAND a pris 70 à 75 % au deuxième trimestre. Un SSD sous-dimensionné est aussi coûteux à corriger qu’une RAM insuffisante, et souvent moins facile à remplacer sur les portables récents.

Prendre une promotion pour une baisse. Les remises de déstockage sur des configurations achetées avant la flambée existent et sont réelles — les OEM ont constitué des stocks importants au premier semestre. Mais elles portent sur des références en fin de vie, pas sur une détente du marché. Distinguez l’écoulement d’inventaire du retour à la normale.

FAQ

Les prix de la RAM vont-ils redescendre en 2027 ?
Rien ne l’indique à ce stade. TrendForce ne prévoit pas d’extension significative de capacité avant fin 2027, voire 2028. Une baisse supposerait soit un effondrement de la demande IA, soit l’arrivée d’un producteur capable de peser sur les volumes — l’hypothèse chinoise est réelle mais pas immédiate.

Pourquoi les PC préassemblés ont-ils moins augmenté que les barrettes vendues seules ?
Parce que les OEM comme Dell et HP achètent la mémoire en gros environ un an à l’avance. Ils vendaient en 2026 des composants négociés avant la flambée. À mesure que ces stocks s’épuisent et que les réapprovisionnements se font aux prix actuels, l’écart se comble.

Faut-il acheter un smartphone maintenant ?
La mémoire mobile a connu la hausse la plus brutale de son histoire au premier trimestre. Si votre appareil actuel tient, attendre ne vous coûtera pas grand-chose sur le prix mais vous fera manquer peu de choses côté innovation. Si vous devez changer, privilégiez une configuration mémoire supérieure à votre besoin actuel : c’est non modifiable.

La crise touche-t-elle autre chose que les PC et smartphones ?
Oui. Consoles, casques de réalité virtuelle, objets connectés et automobile sont affectés, l’électronique embarquée des véhicules récents consommant de la DRAM en quantité. Nvidia réduirait par ailleurs sa production de cartes grand public pour réorienter ses capacités vers le marché professionnel.

Ce qu’il faut retenir

La bonne question n’est pas « quand les prix vont-ils baisser » mais « de combien vais-je payer chaque trimestre d’attente ». Sur la base des prévisions actuelles, patienter jusqu’en 2027 coûte plus cher qu’acheter aujourd’hui une configuration correctement dimensionnée.

La règle pratique tient en une ligne : achetez selon votre besoin réel, surdimensionnez ce qui n’est pas modifiable, et méfiez-vous des entrées de gamme dont la fiche technique a discrètement régressé.

Nous republierons cet article à chaque révision trimestrielle de TrendForce, parce que c’est un sujet où une donnée de trois mois est déjà périmée. C’est aussi ce que nous faisons chez Savvys au quotidien : une veille tech curée pour les gens qui doivent décider — acheter, équiper une équipe, arbitrer un budget — sans lire quinze sources contradictoires.

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Sources principales : TrendForce (prévisions T3 2026 et relevés de contrats DRAM), Gartner, IDC, The Register, Tech-Connect, Shattered.io. Données arrêtées au 9 août 2026.

La Rédaction Savvys

Cet article a été rédigé par la rédaction de Savvys, média tech indépendant basé à Bordeaux, opéré par LaunchNST. Pour nous contacter : contact@savvys.fr